CAA de PARIS, 7ème chambre, 06/07/2018, 17PA03254, Inédit au recueil Lebon

Date :
06-07-2018
Size :
3 pages
Section :
Case law
Number :
17PA03254
Formation :
7ème chambre

Original text :

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Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B... F...a demandé au Tribunal administratif de Melun d'annuler l'arrêté du 8 mars 2017 par lequel le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français, en fixant son pays de renvoi.
Par un jugement n° 1702756 du 5 octobre 2017, le Tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 17 octobre 2017, M.F..., représenté par Me C..., demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du Tribunal administratif de Melun du 5 octobre 2017;
2°) d'annuler cet arrêté;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de 50 euros par jour de retard si la décision est annulée pour des motifs de fond ;
4°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de 50 euros par jour de retard si la décision est annulée pour des motifs de forme ;
5°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 800 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du préfet n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
M. F...a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2018.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Heers,
- et les observations de Me D...pour M.F....
Considérant ce qui suit :
1. M.F..., entré en France en 2009, a sollicité la régularisation de sa situation au regard du droit au séjour des étrangers sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il interjette appel du jugement du
5 octobre 2017 par lequel le Tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande.
2. Aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.
3. L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, et notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles 6-5° et 7 b de l'accord franco-algérien modifié et les articles L. 313-11 7°, L. 313-14 et L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne également des éléments relatifs à la situation professionnelle, personnelle et familiale du requérant, notamment la date où il déclare être entré en France, les liens qu'il entretient avec sa femme ainsi que la production de feuilles de paye. L'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté, de même que celui tiré d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (...). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Le requérant fait valoir qu'il réside en France depuis cinq ans, qu'il s'est marié le 26 octobre 2013 avec une algérienne titulaire d'une carte de résident et que la famille de
celle-ci est présente en France, qu'ils vivent ensemble, qu'il subvient aux besoins du couple et que son père est titulaire d'un certificat de résidence tandis que sa soeur possède la nationalité française et que ses quatre oncles vivent en France. Toutefois, les seules productions de certificat de résidence ou de pièces d'identité ne suffisent pas à établir un lien de filiation. De plus, il n'établit ni même n'allègue être privé d'attaches familiales en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. Il n'établit pas non plus que sa femme de nationalité algérienne serait dépourvue d'attaches dans son pays d'origine et ne pourrait l'y rejoindre. Le préfet n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors même que le couple attend la naissance de leur enfant dans les prochaines semaines.
6. L'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Toutefois, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit, en usant à cette fin du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
7. M. F...n'établit exercer une activité professionnelle qu'à compter du
11 juin 2013 alors qu'il allègue être sur le territoire français depuis 2009. Le préfet n'a donc commis aucune erreur manifeste d'appréciation en estimant que la situation professionnelle du requérant ainsi que sa situation personnelle, rappelée au point 5, ne justifiaient pas de l'existence de motifs exceptionnels ou de circonstances humanitaires de nature à permettre la régularisation exceptionnelle de son séjour au titre de la vie privée et familiale ou en qualité de salarié.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. F...n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le Tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. F...est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B...F...et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Copie en sera délivrée au préfet du Val-de-Marne
Délibéré après l'audience du 22 juin 2018, à laquelle siégeaient :
- Mme Heers, président de chambre,
- M. Auvray, président assesseur,
- M. Boissy, premier conseiller.
Lu en audience publique le 6 juillet 2018.
Le président-rapporteur,
M. HEERSL'assesseur le plus ancien,
B. AUVRAY
Le greffier,
C. DABERT
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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