CAA de MARSEILLE, 1ère chambre - formation à 3, 09/05/2018, 17MA03981, Inédit au recueil Lebon

Date :
09-05-2018
Size :
6 pages
Section :
Case law
Number :
17MA03981
Formation :
1ère chambre - formation à 3

Original text :

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Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A... C...a demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler l'arrêté du 18 août 2017 par lequel le préfet du Gard a décidé son transfert à l'État responsable de l'examen de sa demande de protection internationale.
Par un jugement n° 1702590 du 23 août 2017, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2017, M. E... A...C..., représenté par Me B..., demande à la Cour :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Nîmes du 23 août 2017 ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- sa requête d'appel est recevable ;
- le jugement est infondé en raison de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ;
- le jugement est infondé du fait d'une méconnaissance des règles de procédures résultant des articles 4, 5 et 26 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- la décision de transfert aux autorités belges a méconnu les dispositions de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2018, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A... C...ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale, dit " Dublin III " ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations du public avec l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Silvy, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
1. Considérant que M. E... A...C..., ressortissant érythréen né le 2 novembre 1992, relève appel du jugement du 23 août 2017 par lequel le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Gard du 18 août 2017 décidant son transfert aux autorités belges, responsables de l'examen de sa demande d'asile, par application des dispositions de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des dispositions du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, dit Dublin III, afin qu'elles procèdent à cet examen ;
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Considérant qu'aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (...), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / (...) " ;
3. Considérant qu'aucune situation d'urgence de nature à faire obstacle à la présentation et à l'instruction selon la procédure ordinaire d'une demande d'aide juridictionnelle n'est établie ; qu'il n'y a pas lieu, par suite, d'admettre à titre provisoire M. A... C...au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
Sur la légalité de l'arrêté :
4. Considérant, en premier lieu, qu'aux termes de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du second alinéa de l'article L. 742-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. (...) " ; qu'aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (...). " ; et qu'aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " ;
5. Considérant que la décision attaquée comporte l'indication des textes dont il a été fait application et notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles 3 (2), 17, 22 (7) et 25 (2) du règlement n° 604/2013 du Conseil du 26 juin 2013 et les articles L. 741-1 et L. 741-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; qu'il fait également état des conditions dans lesquelles M. A... C...a présenté sa demande d'asile auprès des autorités françaises, de l'accord des autorités belges pour procéder à l'examen de sa demande de protection internationale et se prononce sur l'intensité de ses attaches personnelles et familiales sur le territoire français ; que, par suite, la décision attaquée du préfet du Gard de transfert de M. A... C...aux autorités belges comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent et doit être regardée comme suffisamment motivée ; que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit dès lors, être écarté comme manquant en fait ;
6. Considérant, en deuxième lieu, qu'aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Droit à l'information / 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent (...) ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; (...). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / (...) " ; et qu'aux termes de l'article 5 de ce règlement : " Entretien individuel / 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / 2. L'entretien peut ne pas avoir lieu lorsque : / a) le demandeur a pris la fuite ; ou / b) après avoir reçu les informations visées à l'article 4, le demandeur a déjà fourni par d'autres moyens les informations pertinentes pour déterminer l'État membre responsable. L'État membre qui se dispense de mener cet entretien donne au demandeur la possibilité de fournir toutes les autres informations pertinentes pour déterminer correctement l'État membre responsable (...) / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel a lieu dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète (...) / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. (...) / 6. (...) L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé [de l'entretien individuel] " ;
7. Considérant qu'il ressort des pièces du dossier que M. A... C...a été reçu en entretien dans les locaux de la préfecture du Gard le 15 juin 2017 pour l'entretien individuel prescrit par les dispositions précitées des articles 4 et 5 du règlement du 26 juin 2013, lequel a été conduit en langue arabe par le truchement d'un service d'interprétariat téléphonique ; qu'il ressort également des pièces du dossier que M. A... C...a reçu, le même jour, trois brochures en langue arabe correspondant aux informations mentionnées à l'article 4 précité du règlement du 26 juin 2013 et notamment la brochure comportant des informations sur le relevé d'empreintes digitales lors du dépôt d'une demande de protection internationale ; que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement du 26 juin 2013 doivent, dès lors, être écartés comme manquant en fait ;
8. Considérant, en troisième lieu, qu'aux termes de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux décisions de transfert aux autorités de l'État responsable de l'examen de la demande de protection internationale: " (...) Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. " ; et qu'aux termes de l'article 26 du règlement du 26 juin 2013 : " 1. Lorsque l'État membre requis accepte la prise en charge ou la reprise en charge d'un demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), l'État membre requérant notifie à la personne concernée la décision de le transférer vers l'État membre responsable et, le cas échéant, la décision de ne pas examiner sa demande de protection internationale. Si la personne concernée est représentée par un conseil juridique ou un autre conseiller, les États membres peuvent choisir de notifier la décision à ce conseil juridique ou à cet autre conseiller plutôt qu'à la personne concernée et, le cas échéant, de communiquer la décision à la personne concernée. / 2. La décision visée au paragraphe 1 contient des informations sur les voies de recours disponibles, y compris sur le droit de demander un effet suspensif, le cas échéant, et sur les délais applicables à l'exercice de ces voies de recours et à la mise oeuvre du transfert et comporte, si nécessaire, des informations relatives au lieu et à la date auxquels la personne concernée doit se présenter si cette personne se rend par ses propres moyens dans l'État membre responsable. Les États membres veillent à ce que des informations sur les personnes ou entités susceptibles de fournir une assistance juridique à la personne concernée soient communiquées à la personne concernée avec la décision visée au paragraphe 1, si ces informations ne lui ont pas encore été communiquées. / 3. Lorsque la personne concernée n'est pas assistée ou représentée par un conseil juridique ou un autre conseiller, les États membres l'informent des principaux éléments de la décision, ce qui comprend toujours des informations sur les voies de recours disponibles et sur les délais applicables à l'exercice de ces voies de recours, dans une langue que la personne concernée comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'elle la comprend " ;
9. Considérant qu'il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 18 août 2017 portant transfert de M. A... C...aux autorités belges lui a été notifié le même jour en langue française en présence d'un traducteur en langue arabe, assermenté auprès de la Cour d'appel de Nîmes ; que la circonstance que celui-ci a refusé de signer le document de notification est sans incidence sur la régularité ou sur le caractère complet de cette notification ; que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 26 du règlement du 26 juin 2013 doit, par suite, être écarté ;
10. Considérant qu'aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / (...) / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. (...) " ;
11. Considérant, en quatrième lieu, qu'il ressort des termes de l'arrêté du 18 août 2017 que le préfet du Gard a procédé à un examen approfondi de la situation de M. A... C..., dans la limite des informations qui ont été communiquées par celui-ci, avant d'écarter la possibilité de faire procéder à l'examen des mérites de sa demande de protection internationale par l'autorité compétente française ; qu'il ressort notamment du procès-verbal d'entretien conduit le 15 juin 2017 que M. A... C...a indiqué avoir passé deux années en Belgique avant son arrivée en France et ne disposer d'aucune attache familiale en France ou dans l'un des États de l'Union européenne ; que le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier doit, par suite, être écarté ;
12. Considérant, en dernier lieu, qu'il ressort des pièces du dossier et de ce qui a été dit précédemment que M. A... C...ne fait état d'aucun lien personnel ou familial en France qui justifierait que sa demande de protection soit examinée par les autorités françaises, ni n'établit de circonstance qui ferait obstacle à l'examen par les autorités belges de celle-ci ; que le préfet du Gard n'a, par suite, pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle en décidant son transfert aux autorités du royaume de Belgique ; que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 doit, dès lors, être écarté ;
13. Considérant qu'il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A... C...n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande ; que l'ensemble de ses conclusions, en ce y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doit, par suite, être rejeté ;
D É C I D E :
Article 1er : M. A... C...n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... C...est rejeté.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. E... A...C...et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2018, où siégeaient :
- M. Poujade, président de chambre,
- Mme Josset, présidente assesseure,
- M. Silvy, premier conseiller.
Lu en audience publique, le 9 mai 2018.
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N° 17MA03981